Snowpiercer, Le Transperceneige: lutte pour un meilleur train de vie

Snowpiercer, Le Transperceneige – Bong Joon-ho – Corée du Sud/France/Etats-Unis – 2013

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En 2014, une tentative de géo-ingénierie contre le réchauffement climatique entraîne un cataclysme : une glaciation de toute la planète, détruisant la vie et exterminant presque toute l’humanité. En 2031, des passagers enfermés dans un train forcé à rouler continuellement sont les seuls survivants sur Terre. Les habitants des derniers wagons, contraints de vivre dans la promiscuité et le rationnement, se révoltent.

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2004. Bong Joon-ho découvre dans une librairie spécialisée en bande dessinée de Séoul les trois tomes du Transperceneige. Fasciné par l’histoire et les thèmes qu’elle soulève, il reviendra deux ans plus tard discuter la possibilité d’une adaptation auprès de son ami Park Chan-wook. Etant donné que The Host conquiert le cœur de nombreux jurys de festivals, le cinéaste voit son avenir se profiler sous les meilleures auspices. Refusant de céder aux sirènes d’Hollywood à cause de sa censure et ses entraves scénaristiques, il décide de mettre sur pied le blockbuster le plus cher de toute l’histoire de la Corée du Sud: 40 millions de dollars. S’allouant le service de stars venus du quatre coins du globe, cet hétéroclisme et ce rayonnement culturel vont être les fers de lance accélérant la production du long métrage.

Snowpiercer peintre

Tantôt taxé d’oeuvre sombre et pessimiste par les Coréens, tantôt accueilli à bras ouverts par des compatriotes heureux de voir que leur cinéma peut rayonner aussi puissamment à l’international, Snowpiercer est une balance constante entre bien et mal qui est tout de même éloigné de la noirceur de l’oeuvre originelle créé par Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Si on peut y retrouver des éléments disparates tels que le personnage de Mason (Tilda Swinton jouant avec nos nerfs) ou de brefs éclairs de comédie qui déstabilisent lors de scènes physiquement violentes ou émotionnellement fortes, le cœur du récit y est bel et bien présent malgré les retouches opérés par le scénariste Kelly Masterson (7h58, ce samedi là), appuyé fortement par un Bong Joon-ho cherchant à relier sa grosse production au reste de sa filmographie. Si les ruptures de tons sont moins habiles et les expérimentations visuelles moins présentes, il ne faut pas négliger le travail de titan accompli par le réalisateur pour donner au film un air de parcours du combattant éprouvant.

Snowpiercer foule

Derrière ses airs de film d’action survitaminé s’opère une véritable mission pour rendre justice à l’oeuvre d’origine, Bong Joon-Ho refusant même aux frères Weinstein l’ajout de 20 minutes supplémentaire et d’une voix off explicative. Les dystopies n’ont en aucune manière besoin d’être mâchées au préalable et c’est au public de fournir l’effort intellectuel suffisant qui lui permettra de se détacher du film et d’en garder la portée religieuse (l’Arche de Noé métallique, la renaissance par le cycle éternel du train), humaniste (le récit final de Curtis, la scène du tunnel), écologique (l’introduction, les sous-textes des personnages) voire les trois à la fois. Snowpiercer ne fait preuve d’aucun manichéisme si ce n’est celui de reprendre la trame initiale de la pyramide sociale horizontale. Mais ses personnages, tous autant qu’ils sont, méritent de vivre. Ce que le réalisateur a cherché à mettre en avant est cette jalousie qui pousse les gens à s’autodétruire, se combattre, plutôt qu’à s’allier et vivre en communauté afin de prospérer (la remise en question de Curtis est d’ailleurs une scène mémorable).

Snowpiercer final

Adaptant sa mise en scène et sa bande originale de wagons en wagons, la claque coréenne ne souffre d’aucune baisse de rythme et se renouvelle à chaque niveau investi. Boon Jong-ho distille des scènes à l’impact inattendu (le wagon du Nouvel An) et se paye le luxe d’un climax à deux doigts du discours prophétique. Il est juste regrettable de noter que certains éléments dérangeants pour la linéarité de l’expérience aurait pu facilement être évités. Mais ce serait bouder notre plaisir que de chercher la petite bête lorsqu’un film s’avère aussi généreux avec son public et aussi courageux en prônant le simple fait que les Etats-Unis sont bien loin d’être les maîtres en leur pays: celui du blockbuster grand public.

8/10

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