The Shadow: il n’est pas prêt de sortir de l’ombre

The Shadow – Russell Mulcahy – Etats-Unis – 1994

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Lamont Cranston n’a pas toujours été un héros. En Asie, il fut craint sous le nom de Ying Ko, pillant villages et prospérant grâce au commerce de l’opium, jusqu’au jour où un saint homme le mena vers la voie de la rédemption en lui apprenant comment utiliser la part maléfique de son âme, son « ombre », pour venir à bout du mal. Sept ans plus tard, à New-York, il combat le crime sous le nom de The Shadow, ayant le pouvoir de brouiller la vision de ses ennemis. C’est l’envoi d’un mystérieux sarcophage qui l’amènera a affronter son plus grand ennemi ; Shiwan Khan, dernier descendant de Genghis Khan, possédant les mêmes capacités que Lamont et détenant la bombe atomique.

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Même si The Shadow est loin de faire de l’ombre à d’autres super héros, il est tout de même l’un des plus connus dans le monde du pulp et des comics. Ayant investi tous les supports de diffusion possibles et imaginables depuis sa création dans les années 30, ce justicier tiraillé entre sa part d’ombre et son sens de la justice n’a jamais cessé d’opérer seul. Bien qu’il fonctionne en micro-société secrète avec les personnes qu’il sauve (sorte de dette éternelle), il reste cloîtré dans son manoir, malgré sa richesse conséquente et sa notoriété confortable. La ressemblance avec un certain Batman n’est que plus frappante lorsque l’on sait que Bob Kane, son créateur, assume s’être inspiré d’une des histoires et du look de The Shadow pour créer son univers et son personnage. Les deux sont humains, intelligents mais voués à jongler entre leur double personnalité sans cesse. Et cette dualité, cette schizophrénie, ne s’exprime que mieux dans un univers de film noir.

The Shadow ville

Si on savait déjà que Mulcahy était un faiseur étonnamment efficace avec de faibles budgets, ça se confirme encore plus lorsque les effets spéciaux occupent une part importante de la direction artistique du film. Avec une volonté admirable de vouloir recréer le New York des années 30, il attache une grande importance à l’ambiance et à l’atmosphère du film ainsi qu’aux déguisements des acteurs. Et c’est grâce à ce soin apporté à l’image qu’on peut excuser la pauvreté du script qui, s’il semble reprendre à la lettre le premier épisode radio-diffusé allié à l’ennemi récurrent de la série, ne brille pas par le développement des personnages et l’équilibre difficile entre bien et mal dont doit faire preuve le héros. Seuls quelques scènes brouillonnes mettront à mal son sens de la justice et le soumettront à son passé à la violence inqualifiable. De ce fait, son ennemi Shiwan Khan tire un peu plus la couverture à lui en interprétant ce qu’il est censé combattre ou rallier, suivant sa soif de pouvoir et de désillusion envers l’être humain.

The Shadow rencontre

Le choix d’Alec Baldwin dans le rôle titre est assez surprenant, d’autant plus qu’il n’a pas le charisme nécessaire pour donner du poids émotionnel à son personnage. De plus, il souffre la comparaison avec les Batman lancés par Tim Burton sur grand écran, ce qui fait perdre son capital sympathie. Sachant que les Américains sont assez friands de la loi du talion et que la chauve-souris masquée combat le crime par pure vengeance, que penser d’un riche (industriel ?) qui veut se racheter une conduite, prônant la rédemption par la justice sauvage ? The Shadow souffre donc de sa propre force, à savoir réussir à faire incarner une figure de la justice par un homme étant parvenu au bout de l’American Dream. Bien que son passé en Asie soit synonyme d’un exotisme bienvenu dans le genre (encore une idée piquée par Bob Kane), le public n’est pas prêt à accepter un monde de pensée orientalisée associé à un matérialisme et conformisme occidental et purement américain.

The Shadow robe

On est tout de même très proche de la réussite même si de nombreux défauts surnagent. The Shadow a cru bon surfer sur une vague porteuse de films plus ou moins réussis et partage avec Darkman un antihéros teinté de souffrance et de comédie. D’ailleurs, ce même Sam Raimi a racheté les droits de The Shadow et Doc Savage (un autre héros créé par le même homme derrière The Shadow) pour en tirer une adaptation très bientôt. Mais aucun script proposé ne lui convient pour l’instant. Espérons qu’il arrive, à l’instar de Spider-Man, a apporter une touche révolutionnaire au genre, s’épargnant la redite et s’éloignant de ses contemporains par les thèmes abordés et la manière de le faire.

6/10

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