Cartel: overdose de dialogues et tuerie filmique

Cartel – Ridley Scott – Etats-Unis – 2013

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Un avocat à court d’argent accepte de participer à un trafic de cocaïne depuis la frontière américano-mexicaine.

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En tauromachie, le mot cartel représente une affiche de corrida. Ce mot vient lui même de l’italien cartello qui signifie également affiche. Et c’est également ce qu’on voit dans le nouveau film de Ridley Scott: un avocat dont la réputation n’est plus à faire, en proie à un problème financier. Et ce problème, dans un monde où le capitalisme trace ses limites très loin derrière les frontières de la loi, va l’obliger à entrer dans l’arène et à faire face à un taureau déchaîné, qui n’est ni plus, ni moins que le parrain de la mafia locale. Premier scénario pour le romancier Cormac McCarthy, ce Cartel est une véritable bombe nichée au cœur de la fainéantise fléchissante d’Hollywood à prendre des risques et à suivre indéfiniment la même autoroute. Et c’est en empruntant ces petits chemins escarpés pavé de dangers et d’impasses que Ridley Scott nous fait le plus plaisir.

Cartel Penelope

Les deux artistes étaient fait pour s’entendre. Tandis que l’un dépeint indéfiniment dans ses écrits la fin d’un monde et l’inhumanité grandissante de l’individu, l’autre nous propose des visions pessimistes du monde où la solitude et l’impuissance flirte avec la peur de mourir (Blade Runner en est le parfait parangon). Une fois réunis, le cocktail est aussi détonnant qu’étonnant. Cartel ne prend pas son spectateur par la main mais au contraire l’abandonne lâchement dans un océan de dialogues, à seule fin de lui faire comprendre l’inutilité de ces derniers. Car c’est grâce à des actes que le monde avance, que les choses se font et se défont. Parler n’est que l’embellissement d’un acte et c’est là que veut en venir le caïd Jefe dans son monologue à l’avocat, lorsqu’il tente de lui expliquer qu’il est trop tard pour faire machine arrière.

Cartel tueur

Et quoi de mieux que d’utiliser la crème de la crème des stars américaines pour faire passer un tel message ? Cartel agit comme un ver dans les rouages de l’industrie cinématographique, pourrissant le système pour le faire recommencer sur des bases saines. Et même si les faibles recettes et le rejet du public auront raison de cette tentative de révolutionner le blockbuster, elle aura eu le mérite de faire parler d’elle et de faire vibrer la base soi disant solide d’Hollywood. On ne saurait deviner quel acteur a choisi d’apparaître dans le film pour la qualité du script, pour la notoriété de faire d’une pierre deux coups (Scott + McCarthy, c’est plutôt un bon doublé dans un CV) ou pour faire partie de cette petite mascarade dissimulée sous les atours d’un film noir grand public. Quoi qu’il en soit, leurs carrières seront toujours auréolés d’avoir su faire le bon choix au bon moment car bien que les critiques ne soient pas dithyrambiques à son propos, Cartel ouvre de nouvelles possibilités aux studios aventureux.

Cartel Bardem

J’espère sincèrement que Cartel fera l’objet d’un culte auprès de la sphère cinéphile qui a compris les tenants et aboutissants d’un tel projet car la gloire n’est qu’éphémère et elle rejoint à ce titre la force fluette des paroles des protagonistes. De toute manière, l’hommage à Tony Scott est tellement poignant tant la force de l’histoire d’amour entre Fassbender et Cruz est puissante, nous rappelant celle de Revenge, qu’on ne peut que s’incliner devant cet OVNI qui semble contenir tous les thèmes de prédilection des frères Scott.

8/10

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Une réflexion sur “Cartel: overdose de dialogues et tuerie filmique

  1. Overdose de dialogues et tuerie filmique, je pensais que tu détestais ! Mais pas du tout, tu adores, haha. Tu dois bien être le seul, ça s’acharne sur la toile et dans la presse, le film a mauvaise réputation. Mais ça fait du bien quand même de voir des avis positifs même si, à mon sens, ce Cartel est très moyen. Tu comprendras mieux mon avis dans cet article http://bit.ly/1bdMMrc même si je respecte ta très belle critique. Vive le cinéma indé !

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