Les garçons et Guillaume, à table ! : ça manque de sel !

Les garçons et Guillaume, à table – Guillaume Gallienne – France/Belgique – 2013

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Le premier souvenir que j’ai de ma mère, c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : « Les garçons et Guillaume, à table ! » et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : « Je t’embrasse ma chérie » ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

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Lorsqu’on cherche à délivrer une tranche de vie aussi intime que celle-ci, le meilleur moyen est de passer par l’intermédiaire du drame ou de la comédie, le biopic étant réservé aux plus grandes personnalités. S’attardant sur son adolescence et la découverte de son hétérosexualité, Guillaume Gallienne joue au coming out inversé et se dévoile, en petits sketchs filmés, enrobant le tout d’une mise en abîme de son propre rôle (le film est tiré de son one man show) et de sa propre condition. Qu’en pensez si ce n’est que le procédé, anti-spectaculaire au possible (les passages entre scène et souvenirs filmés sont pompeux et cassent le rythme), est d’un nombrilisme effarant. Voire la preuve entière de la mégalomanie d’un acteur.

Les garçons et Guillaume campus

Cette mégalomanie tire bien entendu son origine dans le fait que Gallienne a souffert d’un cruel manque affectif et a été poussé, par sa mère, à croire qu’il était différent de ses frères et à fortiori, qu’il était donc une fille. Son côté efféminé, ses allures de dandy à la recherche de sa sexualité, sont tout autant d’éléments qui tendent à prouver que l’acteur a encore du mal à se définir, jouant sans cesse la carte de l’ingénuité sexuel jusqu’à se travestir en sa mère. Mais en incarnant le personnage de sa génitrice avec autant de classe que de moquerie, il peine à lui donner de l’épaisseur et la voix off incessante de l’acteur rendent bien compte de la vanité du film. Seules quelques scènes touchantes, trop rares pour nous faire réfléchir au sujet, surviennent comme un cheveu sur la soupe déjà froide du cliché homosexuel.

Les garçons et Guillaume mère

Et lorsque les scènes forçant le trait pour nous faire sourire disparaissent, c’est pour laisser la place à des personnages caricaturaux, beaucoup trop fantasmés pour être véritables (Françoise Fabian en babouchka sénile, really ?), terminant de clouer au piloris une comédie à la fadeur décevante malgré le piment du sujet abordé. Bien entendu, l’intelligentsia parisienne et la communauté homosexuelle et gay friendly se fera une joie d’élever au panthéon cette comédie inoffensive et par certains aspects homophobe dans son sous-texte, trop fier d’avoir un objet médiatique puissant en ces temps de mariage pour tous.

4,5/10

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