Assaut: Rio Bravo 2.0

Assaut – John Carpenter – Etats-Unis – 1976

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Dans un commissariat en voie d’être désaffecté, et où téléphone et électricité ont été coupés, deux policiers et une femme doivent défendre le poste contre les assauts de truands.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Premier véritable long métrage de John Carpenter (Dark Star n’étant qu’une version rallongée de son court métrage de fin d’étude), Assaut naît tout d’abord de son amour pour le cinéma d’Howard Hawks et, à fortiori, de ses westerns. Grâce à sa pseudo notoriété après avoir été adoubé d’un Oscar pour le court métrage The Ressurection of Broncho Billy (dont il assure le montage, la musique et le scénario), il planche sur une idée de remake de Rio Bravo, plus obnubilé par l’idée d’en faire une suite hommage qu’une véritable réadaptation. Mais le budget de 100 000$ alloué à sa première réalisation est si maigre qu’il est obligé de revoir ses ambitions à la baisse, mais pas son script. Il transpose alors l’histoire à l’époque moderne, s’acquittant ainsi des coûts de production liés aux chevaux et aux cascadeurs. Assaut devient alors un western urbain qui s’imprègne de son célèbre modèle, tout en esquissant les thèmes futurs du cinéaste.

Assaut sniper

Véritable modèle d’atmosphère et de gestion de l’espace, Assaut se permet d’égratigner la morale au détour d’une scène devenue culte pour sa capacité à avoir refroidi les censeurs de la MPAA (l’assassinat plein champ d’une petite fille). Fort de cette réputation sulfureuse, il obtiendra son statut d’oeuvre culte après un passage très remarqué dans un festival anglais alors que ses compatriotes, trop attaché et gavé aux westerns, n’y verront qu’un premier film sans grande envergure. Cela serait nier le talent de John Carpenter que de rattacher Assaut à cette simple scène alors que l’intégralité du film repose sur une base certes fragile (le scénario est simpliste) mais supportée par un ciment solide fait d’acteurs investis, d’une bande originale minimaliste et suffocante et d’un sens de la débrouillardise à toute épreuve.

Assaut flic

Par une économie de dialogues et de sons, Big John installe une atmosphère pesante empruntée au survival. Les fusillades ne sont réduites qu’aux résultats des impacts de balles grâce à l’utilisation de silencieux, rendant la menace beaucoup plus froide et expéditive. De plus, le format du huis-clos étant plutôt adapté au siège et le lieu de l’action étant un commissariat, lieu censé représenter la loi et l’ordre, le spectateur n’a plus aucun repère face à ces rebelles déshumanisés (ils ne parlent jamais et ne sont réduits qu’à de simples silhouettes nocturnes) et l’issue du film est inconnue de tous. Il suffit de voir les pirouettes surprenantes qu’utilisent Carpenter dans les dialogues pour se rendre compte de l’épaisseur de ses personnages et de l’importance de leur position sociale et hiérarchique.

Assaut petite fille

Derrière cette oeuvre vendue comme un film d’action au budget minime, il faut y rapprocher le culte que voue le réalisateur à l’inénarrable La nuit des morts-vivants, auquel il empreinte quelques gimmicks de mise en scène et certaines idées narratives (le héros noir, le siège, la menace indistincte et persistante). On peut également voir apparaître l’amour du cinéaste pour les personnages d’anti-héros au sens de l’honneur implacable avec ce Napoléon Wilson, prisonnier voué à la chaise électrique, n’hésitant pas à se lier au représentant de l’ordre, jugeant sa cause juste. Derrière les traits du personnage incarné avec habileté par Darwin Joston (que Carpenter réutilisera dans Fog), on arrive à déceler les prémices d’un certain Snake Plissken avec qui il partage le goût de la punchline et du regard détaché mais impliqué.

Assaut final

Très épuré et volontairement provocateur, Assaut marque l’entrée fracassante d’un réalisateur qui se nourrit essentiellement des genres qu’il affectionne, sans pour autant sombrer dans la redite ou l’hommage niais. Même s’il se veut apolitique, l’introduction violente expliquant les motivations obscures des rebelles montre qu’il a choisi son camp: celui des rebelles du 7ème art qui n’auront de cesse de proposer un cinéma que tout le monde veut voir mais dont personne ne veut entendre parler, sous peine de heurter la bonne conscience.

7,5/10

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s