Halloween: trick or tripes ?

Halloween – John Carpenter – Etats-Unis – 1978

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La nuit d’Halloween 1963. Le jeune Michael Myers se précipite dans la chambre de sa sœur aînée et la poignarde sauvagement. Après son geste, Michael se mure dans le silence et est interné dans un asile psychiatrique. Quinze ans plus tard, il s’échappe de l’hôpital et retourne sur les lieux de son crime. Il s’en prend alors aux adolescents de la ville.

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Auréolé du succès public d’Assaut, John Carpenter se voit confier la lourde tâche par le producteur Moustapha Akkad d’inventer une histoire qui serait capable de faire de l’ombre à L’exorciste. D’abord sceptique, il se plonge dans l’écriture d’un film d’horreur basique, aidé par la vision très féministe de sa productrice et compagne de l’époque Debra Hill. Mais plus le script avance et plus l’intrigue finale que l’on connaît aujourd’hui apparaît. Initialement intitulé The Babysitter’s Murders, Irwin Wablans, l’autre producteur chargé du recrutement de Carpenter, fera renommer le film Halloween afin de coller avec la date d’exploitation du long métrage en salles et de pouvoir situer l’action durant une période rassembleuse aux Etats-Unis. La machine est lancée et c’est sur des rails à-priori solides que le tournage va s’opérer dans des conditions difficiles (seulement 22 jours de tournage au Printemps pour une action située en Automne) mais sereines financièrement, le cinéaste se retrouvant avec le triple du budget d’Assaut.

Halloween téléphone

Libéré de la contrainte du « premier film » mais attendu au tournant, Big John prend des risques en proposant une expérience viscérale, prenant le temps de poser sa caméra et de s’attarder sur des plans dans un Scope nocturne fabuleux. Conscient de l’importance de la première scène au cinéma, il joue consciemment avec nos nerfs en nous glissant dans la peau du jeune Michael Myers pour une plongée dans l’horreur en vue subjective (Brian De Palma lui rendra même hommage au début de Blow Out). Ces touches visuelles resteront gravés dans les mémoires collectives, pour le plus grand bonheur des producteurs qui, inquiets de voir le jeune réalisateur dilapider la totalité du budget, se rassureront de la rentabilité de leur projet. Une fois de plus, Carpenter est sur tous les fronts: de l’écriture à la réalisation, du montage à la composition, il ne laisse rien au hasard et cherche à rivaliser avec les plus grands films à suspense tout en sachant rester modeste.

Halloween salon

Bien qu’il emprunte toujours à Romero pour la démarche lente et spectrale de son boogeyman, il faut davantage se pencher sur le cinéma d’Alfred Hitchcock pour retrouver ses principales influences. Qu’elles soient visuelles (le couteau, le voyeurisme de l’introduction) ou narratives (l’utilisation de noms de personnages propres au cinéma d’Hitchcock), voire même commerciales (Debra Hill forçant la main du cinéaste pour l’embauche de Jamie Lee Curtis, fille de Janet Leigh), Halloween doit beaucoup à Psychose. L’aliénation du tueur, l’apparente naïveté des victimes potentielles et le fort potentiel atmosphérique de la musique sont autant d’éléments qui montrent à quel point le jeune prodige digère parfaitement ses influences. Sans jamais empiéter les plates-bandes de son aîné, il parvient à créer sa propre figure diabolique en la personne de Michael Myers.

Halloween voiture

Cette notion de Mal absolu va subsister tout au long du film, jusqu’à un final l’opposant à l’incarnation du Bien absolu. Mais loin d’être manichéen, ces deux antagonistes ont chacun leur part d’ombre et d’humanité. Aussi, Michael Myers repense à sa sœur en se rendant au cimetière alors que le professeur Loomis utilise tous les moyens à sa disposition pour stopper l’être qu’il juge comme démoniaque. Cette symbolique christique prend toute son importance dans le personnage de Laurie Strode, modèle de vertu absolu qui luttera et survivra, s’opposant frontalement à ses amies tombées dans le vice (la marijuana) et le péché de chair (l’acte sexuel). La force des personnages réside d’ailleurs dans le casting au visage inconnu, hormis celui de Donald Pleasence, chargé de rameuter les foules en salles (et qui jouera dans toutes les suites de la saga).

Halloween rue

Démocratisant le genre du slasher, Halloween se contente de baliser le terrain qu’ont défriché des films comme Psychose ou Black Christmas. Mais il le fait avec tellement d’audace et de générosité envers son public qu’on ne peut que lui en être reconnaissant. Même si la saga se révélera être en dents-de-scie à l’instar de celle des Vendredi 13 (Freddy s’en sortira un peu mieux dans l’expansion de la mythologie de son croquemitaine), cette entrée en matière dans le cinéma d’horreur pour John Carpenter se révélera être la meilleure des clés pour s’ouvrir la porte de studios plus grands et s’octroyer des budgets plus importants, où sa vision artistique pourra s’exprimer pleinement.

8,5/10

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