Fog: La vengeance est un plat qui se mange…brumeux ?

Fog – John Carpenter – Etats-Unis – 1980

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Une légende persiste dans une petite ville du Pacifique, Antonio Bay. On raconte aux enfants qu’un naufrage a eu lieu il y a une centaine d’années, que tous les passagers sont morts et que, à chaque fois que le brouillard se lève, les victimes surgissent des flots pour se montrer aux vivants.

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Attendant patiemment la projection d’Assaut au festival britannique où il fut projeté, John Carpenter et Debra Hill décidèrent de visiter la campagne anglaise. Captivé par la brume s’étalant autour de Stonehenge et prenant d’assaut les fortifications d’un château éloigné, le pitch d’un film d’horreur germe dans leurs esprits et ils décident d’écrire leur prochain scénario à ce sujet. S’interrogeant sur la présence invisible d’un Mal intérieur au brouillard, ils récupèrent une vieille histoire californienne de pirates et la transpose de nos jours, ajoutant au dénouement du conte un aspect morbide. C’est cette suite au dénouement qui constituera la base scénaristique de Fog. Partant d’une structure beaucoup plus classique que ses précédents films, Big John rend hommage aux films de fantômes ayant nourri ses souvenirs d’enfance, tout en gardant ce visage insaisissable du Mal.

Fog journal

Fog est l’un des Carpenter les plus mineurs pour plusieurs raisons. La première correspond au budget faramineux d’1 million de $, triplant ainsi celui d’Halloween et permettant des effets spéciaux plus aboutis. Mais c’est justement cette surenchère d’artifices qui coupent court à l’originalité du projet, Carpenter ne se souciant plus que de sa brume, cherchant à retranscrire chez le spectateur la même sensation que lui à Stonehenge. De ce fait, les personnages sont beaucoup moins étoffés qu’auparavant et plus nombreux, ce qui crée un manque suffisant pour regretter le sens de l’économie dont il sait faire preuve. On perd ainsi de la qualité en terme de mise en scène, même si le film reste très beau, les paysages aidant. Tourné en grande partie dans le Nord de la Californie, les côtes de l’Ouest américain, proches de l’esprit européen, sont une plus value non négligeable à la sensation d’isolement voulue par l’artiste.

Fog phare

Le fait que le danger vienne de la mer, et donc d’un espace insondable, est également un avantage pour Carpenter, cherchant toujours à donner à ces entités maléfiques une brutalité presque sauvage et naturelle. Toujours dans l’hommage discret, il se permet de recruter cette fois, en plus de Jamie Lee Curtis, sa mère dont il voue un culte depuis sa découverte de Psychose. Mais sa fin de carrière imminente, elle délivre une prestation oubliable et se contente du minimum syndical. Cependant, Big John n’oublie pas, comme à son habitude, d’écrire des personnages de femmes fortes à la tête bien pleine. Les magnifiant davantage que la gent masculine, elles ont toujours le meilleur rôle et ont une part importante dans l’histoire. La palme du meilleur personnage revient naturellement à Adrienne Barbeau, épouse du cinéaste à l’époque (rencontrée sur le tournage du téléfilm Meutre au 43ème étage).

Fog maison

Même si le tournage fut agréable, la post-production fut catastrophique. Carpenter, dégoûté de la version finalisée, reshoota de multiples plans, jusqu’à donner une autre vision au film. Il remontera le tout et recomposera une bande originale qu’il ne jugeait pas satisfaisante. Il est vrai que la musique de Fog ne contient pas de thèmes aussi immersifs et entêtants qu’Assaut ou Halloween. Pour finir, la menace déguisée en élément climatique, très empruntée à l’univers de Lovecraft, ne provoque jamais les mêmes frissons que l’apparition d’un Michael Myers ou que l’attaque déshumanisée mais organisée des rebelles de son premier film. Les pirates hargneux, propres à l’enfance et ses cauchemars, voire aux contes de villages côtiers, ne semblent jamais réellement dangereux, la faute à des meurtres toujours suggérés par la brume qui les entoure.

Fog pirate

Fog ressemble plus à une fausse bonne idée qu’à un ratage en bonne et due forme, certains passages étant tout de même mémorables (l’attaque du phare, la première apparition des pirates). Heureusement, John Carpenter rebondira une année plus tard pour le film qui le fera définitivement rentré dans la légende.

6,5/10

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