The Thing: la peur a un nouveau visage

The Thing – John Carpenter – Etats-Unis – 1982

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En plein cœur de l’Antarctique, une équipe de scientifiques découvre une créature gelée. Ramené à la vie, le monstre prend l’apparence de toutes formes organiques et décime un à un les membres de l’expédition.

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Bien qu’il ne fasse pas l’unanimité des gros producteurs d’Hollywood à cause de son ton beaucoup trop cynique (New York 1997) ou de sa volonté à ne jamais rien lâcher (Fog), John Carpenter se voit octroyer un budget confortable pour son prochain film. Battu par Spielberg à qui l’on confie la réalisation du projet E.T, il ruminera dans son coin et adoptera la plus efficace des méthodes de rancune: sortir à deux semaines d’intervalle son propre film d’extraterrestre. Grand bien lui en fasse car en prenant le contre-pied total de son rival, il a enfanté d’une oeuvre viscérale et profondément ancrée dans son époque, les Etats-Unis étant alors en pleine guerre froide contre l’URSS. Cette xénophobie soviétique se retrouve donc en filigrane au sein même de l’entreprise de Big John, qui n’y va pas avec le dos de la cuillère pour représenter l’ennemi juré comme une créature immonde et perverse.

The Thing chien

S’il s’éloigne de l’ombre d’Alfred Hitchcock, c’est pour mieux se rapprocher de celle d’Howard Hawks, avec lequel il a entretenu des liens ténus en tant que spectateur, mais aussi de maître à élève, le cinéaste ayant fait quelques conférence à l’USC, école fréquentée par John das ses jeunes années. C’est donc après son hommage à Rio Bravo (Assaut) qu’il va récidiver en se réappropriant La Chose d’un autre monde, Hawks étant injustement non crédité au générique pour laisser Christian Nyby faire ses premières armes sous le feu des projecteurs. Là où Hawks y voyait une vulgaire série B, Carpenter y a vu un film qui l’a terrorisé étant enfant, si bien qu’il s’attelle au projet avec une ferveur encore jamais vue, n’hésitant pas à déléguer les postes qu’il affectionne pour se concentrer sur la mise en scène.

The Thing glaçon

C’est de cette manière qu’Ennio Morricone a échoué en tant que compositeur principal, remplaçant au pied levé le maître tout en cherchant désespérément à rester dans ses thématiques musicales. Seul bémol: Morricone est loin d’être réputé pour faire un travail minimaliste mais plutôt pour imprégner les images de thèmes marquants et percutants. Carpenter a davantage choisi l’artiste italien pour son perfectionnisme que son talent de composition, dictant chaque impulsion à prendre lors de chaque. Mais un autre problème se pose: l’un parle anglais et l’autre italien, rendant impossible tout échange verbal autour de la musique. C’est donc cette dernière qui constituera leurs seuls véritables échanges directs, le reste étant traduit par un interprète qui, on peut le penser sans nul doute, a du oublier de transmettre la portée symbolique qui émanait de chaque explication. Morricone s’ne sort haut la main, rendant une partition obsédante et discrète, si subtile qu’elle paraît inexistante alors qu’elle est la clé de voûte de l’ambiance électrisante réglant sur la base.

The Thing base

Si Carpenter s’inspire du film de Hawks pour certaines idées de mise en scène (l’apparition du titre est le plus gros emprunt), l’histoire va plutôt chercher du côté de la nouvelle Who’s goes there ? de John W. Campbell. Alors que le modèle cinématographique de Big John racontait l’histoire du point de vue d’une équipe norvégienne faisant remonter à la surface une épave extraterrestre abritant La Chose, The Thing débute sur la traque d’un chien loup en hélicoptère par les derniers survivants de cette même base, à seule fin de l’abattre. Une entrée en matière intéressante et un début prometteur qui esquisse déjà une atmosphère de claustrophobie par ses décors enneigés à perte de vue et ses scientifiques fous, à première vue.

The Thing bête

Cette paranoïa croissante qui va s’installer dans la base américaine trouve écho dans la réalisation de Carpenter. Construit sur la base d’un Scope de toute beauté, agrémenté de travellings plus ou moins rapides, le cinéaste n’a jamais été aussi inspiré et artistique, chaque plan sonnant comme une démonstration de son talent qui n’est plus à prouver. Mais bien que la maîtrise de la caméra occupe une place importante dans la réussite du film, la part de culte dont s’est entichée l’oeuvre revient davantage aux effets spéciaux de Rob Bottin (déjà à l’oeuvre sur Fog). Propulsé sur le devant de la scène, la pression exercée sur Bottin était énorme tant les apparitions de la créature nécessitaient d’être inoubliables, leur rareté et leur étrangeté étant la clé de voûte de l’angoisse régnant sur la base.

The Thing dispute

Il n’est pas étonnant de savoir que le superviseur des effets spéciaux fut contraint et forcé de prendre près d’une année de congés dans un hôpital spécialisé pour se remettre de ses émotions tant le résultat final aboutit à certains des meilleurs artifices visuels jamais vu au cinéma. La Chose semble si vivante et ses mutations si crédibles dans leur horreur qu’elle laisse son empreinte sur l’esprit du spectateur, incapable d’oublier ce qu’il a vu. Il est facile de rapprocher l’inspiration de ces créatures à l’univers de Lovecraft, The Thing semblant s’inspirer consciemment ou non du célèbre roman Les Montagnes Hallucinées dans lequel une équipe de chercheurs étaient soumis à une épreuve semblable en Antarctique. Un hommage parfait sur le fond et la forme tant le film revêt sa propre identité tout en gardant la part monstrueuse et fantastique propre à l’écrivain.

The Thing créature

S’il aura inspiré bon nombre de productions horrifiques pour le meilleur et pour le pire, The Thing reste le mètre étalon incontesté du film de monstres moderne. Bien que son sujet brûlant dissimulé au sein du script sous une seconde lecture n’ait pas attiré les foules en salles, sa sortie en vidéo bousculera le statut du film, transformant la fameuse Chose en objet de culte. Difficile d’en vouloir au public qui voyait là une dénonciation assez sauvage de l’individualisme américain sous couvert d’une haine dissimulée sous des oripeaux nationalistes, préférant l’invasion et l’aspect inoffensif d’E.T, les rassurant sur leur capacité à accueillir l’étranger au sein de sa propre nation.

10/10

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