Christine: elle adore se faire carrosser…

Christine – John Carpenter – Etats-Unis – 1983

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La première fois qu’Arnie vit Christine, il tomba en extase devant cette beauté aux formes éblouissantes. C’était dit, ils allaient lier leurs destins pour le meilleur et pour le pire. Mais Christine, la belle Plymouth modèle 57 n’aime pas trop les rivales. Gare à celles qui voudront approcher Arnie !

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10 ans après le début de la carrière d’écrivain de l’illustre Stephen King, deux de ses romans les plus notables avaient déjà été adaptés: Carrie et Shining, respectivement réalisés par Brian De Palma et Stanley Kubrick. Comme le dit le fameux adage, un troisième film devait donc clore ce triptyque de réussite. Et il s’avère qu’un certain John Carpenter soit bien peiné de retrouver un financement suite aux maigres recettes internationales de The Thing. Les studios, avides de rentrer de l’argent sur le dos du romancier, achète les droits de son prochain livre avant même sa publication histoire de sortir une adaptation l’année même de sa publication. Christine naquit et l’on confia la tâche à Big John d’en faire un blockbuster apte à sortir avant les fêtes de fin d’année. Une aubaine pour le cinéaste qui, aidé par un budget avoisinant les 10 millions de $, allait pouvoir mettre à contribution sa patte artistique, reprenant les rênes de la composition.

Christine fusil

Bien que l’histoire soit formatée pour plaire au plus grand nombre (certainement à cause de la pression exercée par l’éditeur de King), elle laisse tout de même une marge de manœuvre intéressante pour Carpenter qui pourra y insuffler son rythme et ses thèmes de prédilection. Ainsi, le véhicule démoniaque, source du mal dans Christine, vient compléter la longue liste de boogeymans insondables de son cinéma. Mais si la femme forte semble absente du scénario (la seule fille est une vulgaire potiche), elle se retrouve chez Carpenter au sein même de la voiture, portant ni plus, ni moins que le nom d’une femme. C’est d’ailleurs de cette manière qu’il va dévoiler les premières images de son film au public, dans un teaser à la tension sexuelle et aux images d’une sensualité provocante. Les courbes de Christine sont dévoilées de manière impudiques, rendant vivant son personnage à la couleur rouge vif, la couleur de la passion et de l’enfer.

Christine casse

S’il ne s’était encore jamais frotté réellement à l’adolescence (Halloween ne faisait qu’effleurer les relations des baby-sitters), les personnages accusent pour le coup une écriture détaillée de leurs sentiments, passant des frustrations aux excitations. King étant habitué à dépeindre le quotidien de jeunes hommes et femmes, le film évite les clichés inhérents au genre et permet à ses personnages d’exister réellement, autrement que dans le giron des adultes. Par ailleurs, les seuls susceptibles de faire avancer l’histoire sont de potentielles victimes (le patron de la casse), soit des obstacles rarement insurmontables (le policier, les parents d’Arnie). Bien que cela paraisse évident que Keith Gordon soit celui qui possède le prisme le plus large d’émotions, étant propriétaire de la voiture, c’est pourtant l’acteur qui surjoue le plus dans l’intégralité du casting, rendant même dérangeants certains accès de fureur par ses mimiques omniprésentes.

Christine peur

Rarement habitué à faire le dos rond auprès des studios, John Carpenter s’est pourtant plié à la volonté des studios en réduisant les effets gores à de la simple suggestion, plus efficace en terme de tension. Car si le scénario bénéficie de scènes particulièrement stressantes (le premier meurtre), il faut avouer que l’histoire est très étirée afin de se concentrer sur la dualité de l’ancien et du nouveau Arnie. Le cinéaste ira même jusqu’à retirer l’ancien propriétaire du véhicule, occupant la banquette arrière dans le roman d’origine, pour garder constamment à l’écran cette idée de couple fantastique et macabre (au grand dam de King qui regrettera le choix de Carpenter). Ces concessions faites, la relation de maître à esclave entre Christine et son propriétaire est plus flagrante, rendant unique le détenteur de son amour et de son pouvoir.

Christine flammes

Pour un simple film alimentaire, il faut bien avouer que Big John a mis les bouchées doubles afin de montrer aux grands studios de quel bois il se chauffe. Il en résulte des effets spéciaux saisissants comme à l’accoutumée, faisant regretter l’arrivée en fanfare du tout numérique de notre époque. Les déformations et reconstructions artisanales de la Plymouth Fury ’57 ayant servi pour le tournage ont un secret bien avouable et qui, une fois connu, ne fait pourtant pas perdre l’estime de l’artifice à chaque visionnage: 23 Plymouth Belvedere beige repeintes en rouge (le stock de Fury ’57 étant écoulé) auront été détruits durant le tournage au nom de la débrouillardise et du réalisme. C’est donc cette technique qui permet à Christine de conserver cet aspect increvable et indomptable, allié à un enregistrement de bobine inversé, faisant ainsi réparer les dégâts au lieu de les infliger.

Christine garage

Adaptation boudée dans la filmographie de Carpenter et chez les fans de l’écrivain, les critiques auront tôt fait de le réhabiliter, le sacrant avec le temps comme la meilleur adaptation de Stephen King au cinéma. Même si Big John allait sur la tournage à reculons, appréciant peu les écrits de King, son perfectionnisme et son esthétique lui permettront de regagner la confiance des studios, plus enclins à lui prêter de nouveau de l’argent au vu des recettes internationales d’un film qui aurait pu être naître mort né si le sujet et son cinéma n’avait pas enfanté avec une telle fougue.

7/10

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