Don Jon: Deus Sex Machina

Don Jon – Joseph Gordon-Levitt – Etats-Unis – 2013

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Un homme, séducteur et accro aux films pornographiques, tombe amoureux d’une jeune fille amatrice de films romantiques et formatée par l’image du Prince charmant. Ces deux personnes vont pourtant devoir apprendre à se défaire des fantasmes véhiculés par les films.

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Élevé dans le respect de la gente féminine par une mère manifestante active dans le parti pour la Liberté et l’Egalité, il était étonnant de voir Joseph Gordon-Levitt se diriger vers la réalisation d’un projet traitant en sous-texte du porno et de son influence sur le quotidien d’un mâle alpha. Même après avoir visionné le trailer, on était en droit de se demander s’il n’avait pas renié les préceptes inculqués par sa mère. Au vu du résultat final, sa mère peut se réjouir. Partant d’un postulat à priori graveleux, Don Jon est avant tout une comédie romantique 2.0 qui évite les clichés du genre en se confondant dans ce que la romance fuit le plus au monde: le sexe.

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Mais ce premier film pétri de bonnes intentions ne fait qu’effleurer la critique qu’on était en droit d’attendre de ce type de productions à l’eau de rose si formaté. Et la première erreur est d’avoir abusé des stéréotypes dans la caractérisation de ces personnages: la pin-up romantique, le macho viril, la quinqua coincée. Ce triangle amoureux cède aux sirènes de l’écriture facile et ne se permet aucun pied de nez à ce que l’on a l’habitude de voir ailleurs. Les réactions de chaque personnage sont évidentes et le sujet qui promettait son lot de déconstructions narratives retombe comme un soufflé trop cuit. A vouloir faire les choses trop bien (Joseph a écrit le personnage de Barbara pour Scarlett Johansson avant qu’elle n’accepte) et en ayant trop confiance en soi, Don Jon perd de son charme au bout de vingt minutes.

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A vouloir radioscoper des tranches de vie amoureuses à la manière d’un Woody Allen testostéroné jusqu’aux oreilles, l’apprenti cinéaste s’embourbe dans son propos en s’encombrant d’une voix off inutile, d’une réalisation digne d’un clip MTV du plus mauvais effet (elle appuie le côté négatif du propos au lieu de le magnifier) et de répliques qui sonnent plus ou moins faux suivant l’acteur (Tony Danza détient la palme du plus mauvais jeu). Pourtant tout est là pour que le film soit une réussite: un sujet brûlant prenant à contre-pied le genre, une volonté de s’afficher comme un réalisateur indépendant en utilisant sa propre boîte de production et une assurance de tous les instants en s’octroyant les postes les plus importants. Mais tel Don Juan, il va accumuler les péchés d’orgueil et va baser sa communication sur la simple présence écrasante du porno et d’une bimbo.

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Même si on sait tous qu’il faut savoir dissimuler le véritable but de la manœuvre pour attirer le public dans ses filets, Gordon-Levitt pêche ici à la dynamite et ramasse les morceaux épars de sa nouvelle casquette de réalisateur, montrant qu’il n’est pas fait pour être derrière la caméra mais qu’il devrait se contenter de rester devant, multipliant les errements dans un concerto de mimiques outrancières. Si Don Jon constitue une surprise intéressante, ça se termine en demie molle.

5/10

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