Goyôkin: l’honneur n’a pas de prix

Goyôkin – Hideo Gosha – Japon – 1969

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Japon. 1830. Magobei Wakizaka est meurtri de n’avoir pu empêcher son clan d’exterminer un village. Depuis, il erre, essayant d’oublier ce carnage. Mais un soir, il apprend que ses anciens compagnons sont sur le point de répéter cet acte barbare. Afin de soulager sa conscience, il reprend la route pour empêcher un nouveau massacre.

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Cette affiche est plutôt originale car elle tente par les moyens les plus détournés de vendre en France un film de sabre comme un vulgaire film de kung fu. Cependant, cette absence d’armes peut être traduite d’une autre manière. Comme le fait que le sabre chez un samouraï n’est ni plus, ni moins que la continuité de son bras et que s’il parvenait à être brisé, ce serait une part de l’homme qui en est détenteur qui serait détruite. Plus qu’un simple objet, le sabre chez les samouraïs constitue un catalyseur de leur âme, la lame reflétant leur véritable personnalité. Hideo Gosha a très bien compris ce concept tant il cherche à transformer Tatsuya Nakadai en un véritable samouraï. Quasi mutique, le regard aussi mystérieux que fuyant le monde physique, Magobei tente de comprendre l’âme humaine, qu’elle soit vierge de tout crime ou souillés de desseins atroces, telle celle de son beau-frère, Rokugo.

Goyokin feu

Mettant en scène son film à la manière d’un western, Gosha s’imprègne de la mythologie du « lonesome cowboy » en la transposant dans un Japon féodal aussi féroce que brutal. D’un pessimisme latent, Goyokin ne laisse que peu de marge à son samouraï humaniste, l’obligeant à aller combattre le mal en son sein afin de redonner ses lettres de noblesse à l’honneur de son rang et, par la même occasion, se racheter de sa lâcheté qui causera la mort de dizaines d’innocents. Cette remise en question de son statut de bretteur est habilement amenée avec cette scène où Magobei cherche à revendre son sabre, pensant ainsi abandonner le fardeau de sa culpabilité. Mais heureusement pour nous, la soif de justice est plus forte et c’est en défenseur du bien qu’il ira combattre le fléau qui empoisonne la tradition du samouraï.

Goyokin neige

En jouant énormément sur le sensitif, le cinéaste donne de la chair à son oeuvre et évite les écueils du simple film de justicier solitaire en ralentissant l’action au profit d’une incursion des cinq sens dans la pellicule. Et ce sont souvent les affrontements qui profitent de cette idée de mise en scène. La neige, le feu, le vent, la boue et la pluie. Gosha utilise tous ces éléments naturels pour donner une forme plus universelle à la quête de Magobei. Même si la chorégraphie des duels n’est pas aussi aboutie que chez Kurosawa (avec qui il ne partage pas la même définition du samouraï), ils parviennent à être intéressants car ne sont pas exclusivement présents pour amener de l’action mais servent toujours exclusivement le récit.

Goyokin duel

Goyokin n’est peut être pas le plus grand chambara de tous les temps mais ses particularités font de lui une oeuvre unique. Raffiné et complexe dans la forme, il séduira les amateurs par son scénario simpliste et ravira les puristes par la qualité de sa mise en scène.

8/10

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