Dream Home: bulle spéculative éclatée

Dream Home – Ho-Cheung Pang – Chine – 2010

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Enfant, Cheng Lai-sheung pouvait admirer le quartier Victoria de Hong Kong depuis les fenêtres de l’appartement familial. Elle s’est juré qu’un jour elle s’offrirait un appartement sublime avec la même vue. Les années ont passé, et Cheng n’a pas oublié son serment. Elle assume deux jobs en même temps et va même jusqu’à voler des données pour les revendre à la concurrence. Mais elle ne va pas en rester là !

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Mélanger le fond et la forme dans un slasher plus que sanguinolent peut paraître infaisable, les pellicules gores n’ayant pas pour habitude de couver en leur sein des chef d’œuvres d’écriture. Malgré cet état de fait, Ho-Cheung Pang va tenter le coup et livrer sa vision de la crise des subprimes pour un résultat en demie teinte. On peut aisément se douter que la crise du logement touche fortement la Chine, à plus forte raison qu’elle est composée d’un milliard et demi d’habitants. Trouver l’appartement de ses rêves relève donc du cauchemar et c’est de ce postulat social simpliste mais efficace que va se greffer le massacre perpétré par une jeune femme dynamique ayant du mal à joindre les deux bouts.

Dream Home bureau

Pour nous donner envie de la suivre dans son périple meurtrier, le réalisateur va morceler son récit en différentes timelines, partitionnant son film par des flashbacks provenant d’époques différentes tel un chef d’orchestre un peu détraqué. Un choix dangereux mais qui paye par les ruptures de tons incessantes auxquelles on est confronté, nous laissant que peu de répit pour s’acclimater tout en permettant d’étoffer le personnage de la jeune femme. Ce rythme effréné, jonglant entre drame intimiste, critique sociale et sauvagerie grand guignolesque nous met d’emblée dans la peau de ces jeunes travailleurs obnubilés par la recherche du bien idéal, souvent pris à la gorge par de nombreuses créances qui les obligent à multiplier les jobs.

Dream Home meurtre

S’il parvient à rendre intéressant cette multiplicité des genres par de l’humour bien senti et une qualité esthétique indéniable (les meurtres sont stylisés tel un giallo), on ressort de la séance un peu déçu de n’avoir perçu l’aspect social qu’à travers les yeux de cette victime de la crise se transformant en bourreau pour satisfaire ses envies. Les personnages secondaires sont tous esquissés maladroitement, ne permettant pas de remettre en cause l’acte furieusement désespéré de la jeune femme. Seule une scène tragique nous montrant son hésitation entre la survie de son père ou la sienne nous dresse le bilan définitif de son lent naufrage vers la folie. Alors même que le but de sa quête immobilière était de satisfaire l’appétit visuel de son père (une vue sur la mer lui rappelant ses vieux jours), elle continuera ses tueries sans porter aucun jugement sur l’inutilité de la continuité de cette quête.

Dream Home début

Aurait-elle pris goût au meurtre ? Aurait-elle un autre objectif dissimulé ? Ho-Cheung Pang ne nous donne aucune clés pour comprendre la totalité de ce mal être et de ce besoin viscéral d’habiter un appartement luxueux. Seul lui et l’actrice Josie Ho semblent connaître le fin mot de l’histoire, tous deux producteurs investis dans ce slasher un brin perturbant, jusqu’au boutiste et fascinant dans sa plastique irréprochable et son écriture délirante.

6,5/10

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