Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin: chop suey au LSD !

Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin – John Carpenter – Etats-Unis – 1986

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Jack Burton accompagne son ami Wang Chi à l’aéroport de San Francisco afin d’accueillir Miao Yin, la fiancée de ce dernier. Mais Miao Yin est convoitée par Lo Pan, un puissant sorcier désincarné qui pense pouvoir récupérer son enveloppe charnelle en épousant une chinoise aux yeux verts. Jack, simple camionneur, se retrouve au cœur de Chinatown, au beau milieu d’une lutte surnaturelle entre les puissances du Bien et du Mal orientales.

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A peine sorti de cette période où faire le dos rond semblait être de bonne augure pour la continuité de sa carrière, John Carpenter récidive et livre un film totalement autre, hommage vibrant au cinéma asiatique ayant bercés ses récentes découvertes cinématographiques. Alors de nouveau confiant en ses qualités de metteur en scène depuis Starman, la 20th Century Fox engage un budget hors normes dans la production de son nouveau projet. Savamment dissimulé sous l’allure d’un western urbain se déroulant en plein cœur d’un Chinatown californien (ce type de quartier a le vent en poupe dans le cinéma d’action de l’époque), le studio part confiant dans cette aventure, persuadé de détenir le prochain mètre étalon du film de genre, cherchant à partager le généreux gâteau que s’empiffre Steven Spielberg avec sa licence Indiana Jones.

Jack Burton boss

Avec Kurt Russell en tête d’affiche, les pontes du studio calculent déjà la recette possible du film, espérant doubler leur mise. Le résultat ne se fera pas attendre: le film peine à rentabiliser ne serait-ce que la moitié de son budget initial, la faute à une promotion désastreuse qui n’a pas su adopter le point de vue adéquat pour attirer le public. Big John étant taxé de franc tireur depuis le début de sa carrière, Jack Burton représente la faute de goût de trop pour les studios qui s’empressent de lui fermer la porte au nez. Arguant que le public ne comprendrait rien à ce fourre-tout asiatique, où le kung fu se mélange aux wu xia pan dans une parodie démesurée, ils ordonnent au cinéaste de filmer une scène introductive qui expliquerait la présence de pouvoirs magiques, réhabiliterait le statut de héros de Jack Burton et limiterait la casse.

Jack Burton femmes

Si les influences de Big John sont bien digérés, le fait que Kurt Russell incarne un anti-héros patriotique risible et inutile (il est le sidekick de Dennis Dun) nuit à la volonté première de la Fox qui cherchait à investir dans un héros aux épaules assez massives pour supporter le poids d’une saga. A vrai dire, rien n’empêche Jack Burton de revivre une nouvelle aventure, baroudeur magnifique et maladroit reliant les nids à embrouilles à l’aide de son camion. Mais il faut avouer que ça n’est pas du tout le but recherché par Carpenter qui voit là l’occasion rêvée de parfaire son apprentissage de la langue cinématographique asiatique. Piochant principalement dans Zu pour le côté foutraque des effets spéciaux et Baby Cart: l’enfant massacre pour les frères Tempête, le film fourmille de milles et une idées déjà entraperçues ailleurs.

Jack Burton groupe

Mais ça n’enlève au fait que le film arrive parfaitement à s’inscrire dans une histoire purement occidentale. Le problème majeur vient du fait qu’à chaque révision, il accuse son âge, que ça soit dans les effets spéciaux passés de mode et terriblement kitsch jusqu’au personnage de macho viril et beauf incarné par Russell. Certaines répliques sont hilarantes mais d’autres frisent le ridicule, donnant un aspect nanar au détour de scènes devenant soudainement embarrassantes par leur nullité. Et si le tout est généreux en chorégraphies inspirées et humour décalé, je suis resté pantois devant tant de naïveté, comme seuls savent en faire preuve les Asiatiques.

Jack Burton Lo Pan

Mais sans doute est-ce le meilleur des compliments pour Big John qui réussit là le pari de mixer deux univers complètement différents pour une expérience loufoque et déjantée qui gagnera ses lettres de noblesse et son statut d’oeuvre culte avec le temps, aidé par sa sortie en vidéo à l’instar de The Thing, l’autre mal aimé du cinéaste. Quoiqu’il en soit, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin marque la rupture définitive de Big John avec les grands studios ainsi que le retour à un cinéma plus indépendant.

5/10

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