Nymphomaniac Vol.1: orgie des sens

Nymphomaniac Vol.1 – Lars Von Trier – France/Belgique/Allemagne/Danemark – 2014

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La folle et poétique histoire du parcours érotique d’une femme, de sa naissance jusqu’à l’âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s’est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

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Après Les Idiots, Lars Von Trier décide une nouvelle fois de remuer le cinéma contemporain en injectant du porno dans son film et livre un pavé de 5h30, qu’il jette dans la mare de la bienséance et de la censure, comme une ultime provocation au 7ème art. Jugé beaucoup trop long, le film se verra découpé sur la table de montage et amputé d’1h30, permettant ainsi de programmer en salles un diptyque en séance de 2 heures. Une bonne idée en soi tant Nymphomaniac aurait été dur à digérer d’une seule traite mais une mauvaise idée aussi car le découpage en chapitres, amenant des ruptures de tons singulière dans la narration, perd de sa force et de sa vitalité. Il suffit pour ça de voir la scène finale et d’entendre la dernière réplique pour se rendre compte qu’on perd énormément en immersion, la seconde partie sortant 3 semaines après la première.

Nymphomaniac ruelle

Immédiatement classé pornographique lors de sa projection test, Lars Von Trier défendra bec et ongles son film jusqu’à pouvoir sortir les deux parties en version non censurée, laissant le choix aux responsables des salles de flouter ou non les parties intimes. Pour les acteurs ayant l’habitude de travailler avec le cinéaste, pas ou peu d’étonnements de voir qu’il leur demandera de s’investir physiquement dans leurs rôles (de nombreuses scènes de nudité, notamment pour l’actrice débutante Stacy Martin). Mais après tout ce matraquage promotionnel, ce buzz malsain autour d’un film au titre équivoque, on en viendrait presque à oublier le fond pour ne se concentrer que sur la forme.

Nymphomaniac polyphonie

Car Lars Von Trier est l’un des réalisateurs les plus expérimental, transgressif et original de sa génération. Derrière ses airs de provocateur se cache un artiste doué, qui n’hésite pas à mêler le plaisir bestial de certaines images à l’intelligence pure de certaines répliques. Aussi, en comparant d’entrée de jeu la nymphomanie à la pêche à la mouche, avec des arguments compréhensibles par tous et rarement discutables, on se rend compte que le script n’a pas été relégué au second plan et qu’il y a une profonde réflexion sur la maladie qui touche Joe, le personnage de Charlotte Gainsbourg, faite de pensées transverses qui évite ainsi l’omniprésence du sexe et de sa mention dans chaque réplique. Bien qu’on échappe pas à la présence d’humour un peu scabreux, on reste dans le respect des personnages et dans la vulgarisation d’un mal bien souvent considéré comme de l’addiction.

Nymphomaniac 1ère classe

Les chapitres, tous différents dans leur manière de faire avancer l’histoire, sont entrecoupés de l’instant T, sorte de fil rouge qui permet à Joe de raconter son histoire à un parfait inconnu, incapable de la juger immédiatement, tant qu’il n’a pas toutes les données de l’histoire. En cela, le personnage de Stellan Skarsgård est l’incarnation parfaite du spectateur qui, bouche bée, se pose d’innombrables questions et écoute, avidement, le récit de cette femme au destin tantôt cruel, tantôt triste. L’art de garder l’attention du public intacte réside donc dans la capacité de Lars Von Trier à mixer les genres (fleur bleue, noir et blanc, drame, comique de situation,…) avec autant de talent qu’il pose sa caméra en personnage omniscient, allant jusqu’à filmer des plans très crus qui diminuent la qualité du film par leur voyeurisme gratuit.

Nymphomaniac sexe

Difficile de donner un avis plus complet tant que la boucle n’est pas bouclée et que l’on ne comprend pas de quelle manière Joe se retrouve évanouie dans la ruelle sordide où son futur confident d’une nuit la retrouve, souillée, ensanglantée et apeurée. Si on peut facilement annoncer que la seconde partie sera beaucoup plus choquante que la première, ce Volume 1 n’étant que l’initiation au sexe d’une jeune femme qui ne percevra qu’à la fin de la première partie qu’elle ne ressent plus l’amour d’un homme de la même façon qu’auparavant, il faut espérer que ce qui a choqué la censure ne se retrouve pas compilé dans les deux dernières heures qui rendrait alors écœurant un film qui mérite que l’on s’y attarde.

6/10

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