The Killer: aveugle et manchot

The Killer – John Woo – Chine – 1989

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Un tueur à gages, décidé à changer de vie va, lors de son dernier contrat, provoquer la cécité d’une jeune chanteuse. Pour trouver l’argent nécessaire à l’opération de la jeune femme, il accepte un autre contrat.

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Remake évident et nullement dissimulé du Samouraï de Jean-Pierre Melville, cinéaste unanimement apprécié des réalisateurs de polars hong-kongais, The Killer ne parvient jamais à dépasser son modèle. Ce dernier faisait dans l’économie de réplique et le personnage d’Alain Delon était un tueur implacable et mutique qui voyait son code d’honneur bouleversé par une femme. Si le Jeff interprété par Chow Yun-fat ressemble dans la première demie heure à cet homme taciturne, sa rencontre avec l’inspecteur joué par Danny Lee va lui faire retrouver la parole, cachant tous les deux derrière leur texte des banalités affligeantes. En plus d’être assez mal écrit au niveau des dialogues, The Killer est le film au sous texte homosexuel le plus visible et le plus omniprésent chez John Woo.

The Killer aveugle

Ce qui va donner lieu à un triangle amoureux assez singulier entre le tueur, le flic et la pianiste. En élevant son anti héros tel l’un des derniers représentants d’un code d’honneur oublié par la relève, son charme va opérer à la fois sur la jeune femme qui, aveugle, ne le jugera que d’après le réconfort qu’il lui amène, ainsi que sur l’inspecteur qui lui, reste sourd aux raisons qu’il lui donne mais est subjugué par la grâce et la précision de ses gestes. Il est sans cesse obnubilé par son exercice de la mort, ne le lâchant que rarement des yeux durant les fusillades, autant pour surveiller une éventuelle fuite que pour admirer l’élégance de ses mouvements. Il faut dire que John Woo prend le temps de souligner les acrobaties de sa muse.

The Killer église

Multipliant les gunfights à la maîtrise évidente, Woo va inscrire The Killer comme un pur film d’action, prenant rarement la peine d’approfondir la relation ambiguë de ses personnages. Sur les 92 jours de tournage, 64 furent alloués aux deux fusillades principales du film (28 jours pour celle de la maison, 36 jours pour celle de l’église). Ce qui sonne pour beaucoup comme le meilleur film de John Woo est uniquement pour ma part la plus belle vitrine de son talent de metteur en scène, juste derrière A toute épreuve. Car si le duo Lee/Yun-fat fonctionne à plein régime, Sally Yee est insupportable et surjoue tout au long de sa prestation (bouche bée, regard vitreux), en plus d’avoir le personnage le plus exaspérant du film.

The Killer manchot

Malgré ces quelques défauts qui surnagent, The Killer est incontestablement le polar HK le plus célèbre, celui qui digère le mieux ses influences européennes dans la notion d’amitié et d’honneur, celui qui ouvrira la voie à d’autres cinéastes qui chercheront à expatrier leur travail au delà des frontières asiatiques. Revu en salles dans sa version courte (la version taïwanaise fait 30 minutes supplémentaires, accentuant le côté héroïque de Jeff et rallongeant certains gunfights), The Killer reste un plaisir de tous les instants bien qu’au regard du reste de la filmographie de John Woo, je ne puisse le considérer comme le chef d’oeuvre qu’il prétend être.

6,5/10

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