Bloody Bird: giallo animalier

Bloody Bird – Michele Soavi – Italie – 1986

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Dans un vieux théâtre, des jeunes comédiens répètent une pièce inspirée d’un fait divers sordide: les meurtres perpétrés par un serial killer. Il s’avère qu’au même moment, Irwing Wallace, serial killer de son état, est justement en train de s’échapper de l’asile psychiatrique dans lequel il est enfermé. Il va trouver refuge dans ce même lieu et tuer un à un tous les acteurs. Commence un envoûtant jeu du chat et de la souris, où sadisme et violence mèneront la danse.

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En arrivant après la bataille, Michele Soavi fait montre d’un courage exemplaire et d’une ténacité incroyable. Élève de Dario Argento et Lamberto Bava, il va se nourrir de leur style et de leurs idées en leur rendant hommage dans Bloody Bird. Alors que le giallo semble expirer son dernier souffle, matraqué par l’arrivée de franchises labellisés slashers tels que la saga des Halloween, des Freddy ou des Vendredi 13, Soavi va aller à contre courant et renouer avec ce qui a nourri son sens artistique, tout en n’oubliant pas de signer d’une patte unique ce qui peut s’apparenter comme le plus beau testament du genre. Opérant en tant que second réalisateur sur certains films de Joe d’Amato, ce dernier voyant en lui un certain potentiel va lui confier le poste de réalisateur, après avoir choisi de produire le script de Luigi Montefiori, ancien collaborateur.

Bloody Bird scène

Sorte de bâtard né du mariage des deux genres pré-cités, Bloody Bird adopte un point de vue unique qui permet au scénario relativement classique d’évoluer en une sorte de fable onirique. Si l’identité du tueur est connu dès le début (pratique du slasher), que le bodycount élevé ne laisse aucune surprise quand à la dernière potentielle victime (pratique du giallo) et que les femmes sont davantage sublimées que les hommes, l’union des points forts de chaque genre est un délice à contempler. Derrière les mises à morts gores et visuelles se cache un sens du découpage et de l’éclairage magistral, la bande originale allant même jusqu’à lorgner du côté des comédies musicales faisant recette à l’époque (Fame et consorts).

Bloody Bird héroïne

Si les acteurs ne sont pas le point fort du film, il faut tout de même attirer l’attention sur la performance de Clain Parker, le serial killer, toute en animalité et en agressivité. Équivalent transalpin d’un Michael Myers, son mutisme et sa démarche lente en font un objet de terreur magnifique, sa science du meurtre allant jusqu’à le pousser à redoubler d’imagination dans l’art de tuer ses proies. N’épargnant personne, Soavi fait de son film un huis-clos anxiogène qui prend lentement le chemin du rêve macabre au fur et à mesure que la troupe se réduit, jusqu’à arriver à cette séquence finale de mise en abîme, où le tueur met en scène les corps mutilés de ses victimes, clôturant ainsi son introduction efficace.

Bloody Bird meurtre

Connu sous différents noms (Deliria, Aquarius, Stage Fright), Bloody Bird n’a pas la reconnaissance qu’il mérite, trop ancré dans l’hommage et la volonté d’offrir un travail soigné, faisant perdre un peu de la superbe qui vient uniquement des prises de risques. Mais malgré son faible budget, le film est efficace du début à la fin et offre un pont idéal entre le giallo italien et le slasher américain. Une sorte de réconciliation filmique où l’un enterre définitivement l’autre avec les honneurs.

7,5/10

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