Dans l’ombre du loup: la bergerie est ouverte !

Dans l’ombre du loup – Hideo Gosha – Japon – 1982

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En 1921, au Japon, le chef du groupe de yakuzas de Shikoku est marié, a deux maîtresses, mais pas d’enfant. C’est pourquoi il décide d’adopter une pré-adolescente, avec qui il devient si proche que même la naissance de son enfant naturel ne peut les séparer.

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Hideo Gosha abandonne la figure du rônin qui a fait sa réputation pour se concentrer sur celle de la femme et, plus particulièrement, la femme de yakuzas. Déjà présent en filigrane dans ses films précédents, ce personnage moteur des pulsions animales et dévorantes chez l’homme va lui permettre de s’attarder sur de nouveaux pans des sentiments humains: la jalousie et l’amour. Si l’on peut regretter l’abandon de la noirceur et du pessimisme latent qui se dégageait de son oeuvre, la mise en scène du cinéaste gagne en légèreté et en grâce, cherchant à englober en entier dans sa caméra ses actrices triées sur le volet. Ce revirement de ton un peu brutal est sans doute du aux difficultés personnelles que vit l’artiste et au budget moins conséquent alloué par la Toei, budget plus propice aux développements dramatiques et tragiques qu’aux envolées lyriques et visuelles.

Onimasa groupe

En adaptant le premier roman de la trilogie de sa compatriote et amie Tomiko Miyao (dont il adaptera les deux suivants), Gosha se laisse aller à l’ivresse du plaisir des sens, se permettant une plongée plus profonde dans l’érotisme que ce dont il a l’habitude. Il faut dire que le thème du roman s’adresse davantage à un public féminin et que le yakuza, pièce maîtresse de l’échiquier et satellite des penchants charnels des différentes actrices (il a 3 maîtresses !) n’est présent que pour faire fonctionner le théâtre des jalousies et complots qui se trament en coulisse. Mais c’est sans compter la faculté du réalisateur a intégrer de nombreuses personnalités fortes dans la narration, sans pour autant perdre en qualité et en compréhension.

Onimasa sexe

Sauf que dans ce cas très précis, l’image patriarcale du chef yakuza et le charisme ravageur de Tatsuya Nakadai a tôt fait d’évaporer toute tentative de mise en avant de la femme. Pourtant, l’époque trouble de l’entre-deux guerre était propice à leur soulèvement, déchirée entre revendications de leur statut (la romance que privilégie la fille adoptive avec le syndicaliste) et assouvissement des désirs masculins (le nouvel âge d’or des geishas). De plus, les gimmicks de mise en scène de Gosha, à base de plans séquences et de gros plans, ne s’adapte pas vraiment à un tel sujet. Si les scènes où les regards valent plus que des mots et où les corps s’enlacent profitent pleinement de ces cadrages avantageux, le reste du film est dépourvu de cette maestria visuelle, la faute à une absence de véritables chorégraphies des corps.

Onimasa final

Il aura tout de même fallu attendre que le cinéaste entame la partie la plus mineure de sa carrière afin qu’il se voit attribué par ses contemporains non japonais un minimum de crédit (le film fut nominé à Cannes pour le Prix du meilleur film étranger).

4,5/10

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