Yohkiro, le royaume des geishas: les fleurs du mâle

Yohkiro, le royaume des geishas – Hideo Gosha – Japon – 1983

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Jadis, Katsuzo a été amoureux d’une prostituée avec laquelle il a eu une fille. Voulant fuir ensemble, ils furent rattrapés par les yakuzas qui tuèrent devant lui sa compagne. Aujourd’hui, Katsuzo est un proxénète qui achète des jeunes filles pour les revendre au Yohkiro, la plus grande maison de geishas du sud du Japon. Mais de terribles drames se jouent au sein de ce royaume des plaisirs…

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Deuxième et avant dernière adaptation de l’oeuvre de Tomiko Miyao, Yohkiro est un nouveau pied de nez à la Toei, Gosha décidant de s’entourer de ses propres techniciens (venus de la Daiei !) plutôt que d’utiliser ceux disponibles dans le vivier de la compagnie. Une manière très abrupte de lâcher la bride du monde de la télévision pour s’abandonner complètement à la narration cinématographique. Car si le cinéaste faisait déjà montre d’une science du cadre inventive et inspirée, il n’a jamais totalement réussi à maîtriser la caméra comme un allié volatile en dehors des débordements de ses personnages. Si ces scènes d’actions sont virtuoses, ces dialogues ressemblent davantage à des peintures qu’à des scènes mouvementées. Et dans ce film qui préfigure la place importante qu’il laissera à la femme, et donc à une forme de cruauté plus insidieuse et moins dispendieuse en énergie, il était nécessaire que la totalité des scènes dégagent une énergie bouillonnante mais contenue pour éclater aux moments propices. Pour ce faire, le chef opérateur Fujio Morita lui conseillera d’adopter le plus possible le plan séquence comme botte secrète.

Yohkiro mort

C’est donc avec stupéfaction que l’on découvre un véritable renouveau chez le réalisateur, renouveau apparu avec Hitokiri, mais qui prend toute son importance dans sa capacité à transmettre un message par l’intermédiaire du mouvement apporté par la caméra. Et on s’en rend compte assez rapidement car la galerie de personnages est beaucoup moins étoffée qu’à l’accoutumée, l’intrigue se concentrant rapidement sur deux femmes que tout opposent sur la forme, leurs destins étant reliés par un homme qui occupe à la fois la figure de père, de protecteur et d’amant (Ken Ogata, impeccable de charisme !). L’une prostituée, l’autre geisha, Gosha se donne à cœur joie de jouer avec cette violente rivalité pour en faire ressortir les pulsions les plus animales. Il ira même jusqu’à monter les deux actrices l’une contre l’autre sur le plateau pour rendre le plus réaliste possible le point d’orgue de son film: la bagarre des deux femmes filmée en plan séquence et durant près de 5 minutes !

Yohkiro duel

Si le film traîne un peu en longueur dans sa dernière partie, frôlant même le drame tire-larmes à plusieurs reprises, il n’en reste pas moins généreux avec le spectateur dans sa dimension humaniste, aucun personnage ne servant de faire-valoir à un autre. Seul un filtre jaunâtre envahissant diminue l’impact des trouvailles visuelles et la beauté des costumes traditionnels. Avec Yohkiro, le cinéma de Gosha atteint là un nouveau palier et la transition entre l’homme et la femme qui ne paraissait pas évidente pour lui et son public, s’avère être une réussite aussi bien formelle (les plans sont plus longs et plus aériens) qu’informelle, car son cinéma suivant une frise chronologique, il ne pouvait que changer son fusil d’épaule en abandonnant la figure du samouraï (un brin de nostalgie envahit tout de même la première scène) pour celles de la femme fatale. L’érotisme est beaucoup moins prégnant et est surtout distillé dans la grâce des mouvements féminins et dans leurs regards poudrés. Seul grand regret de cette séance: lorsque la scène finale d’Ogata atteint son paroxysme chez le coiffeur, je me suis mis à imaginer ce qu’aurait pu donner le cinéma de Gosha s’il avait décidé de suivre la voie du polar.

6,5/10

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s