Commandos, l’enfer de la guerre: de sable et d’os

Commandos, l’enfer de la guerre – Armando Crispino – Italie/Allemagne – 1968

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1943. Des soldats américains d’origine italienne s’entraînent en vue d’une périlleuse mission. Ils doivent prendre le contrôle d’une oasis, en Afrique du Nord, occupée par les Italiens, en attendant l’arrivée des troupes alliées. Le sergent Sullivan s’oppose bientôt à son supérieur Valli, responsable du commando. Alors que l’opération réussit, les Américains voient débarquer une division de l’Afrikakorps…

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En 1964, Menahem Golan a déjà beaucoup d’ambition et tente de sortir du giron de Roger Corman avec une courte histoire nommée Commandos. Son scénario contient tellement d’erreurs et d’incompréhensions que Dario Argento se chargera de le corriger, appuyé par un tas d’autres scénaristes qui viendront tous mettre leur grain de sable dans la machine. Et du sable, il va y en avoir, l’histoire se concentrant sur un commando américain surentraîné chargé de récupérer un point stratégique dans le désert d’Afrique du Nord, au nez et à la barbe des Allemands. Si le script en lui-même est rudement basique, c’est cette variété de correcteurs qui va lui amener une personnalité aussi bâtarde qu’ambiguë. Lorgnant aussi bien du côté du giallo (l’infiltration de la base italienne) que du western (le rapport de force Van Cleef/Kelly et la putain, personnage inhérent au genre), le film peine toutefois à trouver véritablement ses marques, la faute à une identité un peu trouble.

Commandos entrée

Cette hydre scénaristique, c’est Armando Crispino qui va être chargé de l’adapter à l’écran. Petit réalisateur ayant déjà officié sur un western spaghetti méconnu intitulé Johnny le bâtard, il va tout de même faire preuve d’une mise en scène inventive, permettant à chaque personnage de sortir du lot, que ça soit par son charisme, sa faiblesse ou sa cruauté. Le côté huis clos est parfaitement géré lors de la scène du jeu de dupes habilement mené par les soldats américains. On sent la tension dans chaque dialogue, chaque regard et Jack Kelly parvient, dans cette séquence assez longue, à regagner du terrain sur Lee Van Cleef. Mais soyons clair: Van Cleef bouffe littéralement l’écran, que ça soit par l’expérience du combat de son personnage que l’on lit dans ses yeux, son trauma guerrier ponctuant de flashbacks les scènes meurtrières ou son leadership naturel sur le reste de l’équipe, l’acteur n’a que faire de se préoccuper des grades imposés par le script.

Commandos détonateur

Aussi réussies soient les combats et les fusillades, ça manque très clairement de sang. Il n’y a pour ainsi dire aucune trace d’hémoglobine alors que certaines morts sont particulièrement violentes (l’assaut en début de film). D’ailleurs, on ressent clairement l’influence d’Argento ici, faisant jouer du couteau dans une nuit sans lune les commandos, sur une bande son électronique rappelant ce que fera John Carpenter à l’avenir par son minimalisme. Le dîner avec les Allemands est l’autre pièce maîtresse du film, ressemblant à s’y méprendre au jeu des questions que l’on retrouve dans la scène du bar d’Inglourious Basterds. Si la VF est à bannir par ses doublages monstrueusement grotesques par moments, on ne peut que se régaler des mimiques de Van Cleef, qui cabotine tant et si bien que l’on perd de vue tout autre personnage principal, attendant impatiemment sa venue dans le cadre.

Commandos reflet

Le film se permet même une saillie antimilitariste avec un final faisant contraster la guerre la plus totale au pacifisme le plus évident. Et quand on connaît la place qu’a occupée l’Italie sur l’échiquier de la Seconde Guerre Mondiale, ça n’est pas rien. D’ailleurs, cette appartenance ethnique se ressent dans l’inexistence des scènes faisant tourner au ridicule les Nazis. Ils sont de valeureux adversaires et tombent au champ d’honneur tout autant que les Américains (malgré quand même une supériorité numérique écrasante en leur faveur non pris en compte). Pas le film de guerre le plus réussi sur le point de vue psychologique et visuel, mais de très fortes idées et un avenir prometteur pour Crispino qui, malheureusement pour lui, ne verra jamais le jour.

7,5/10

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