Conversation secrète: à demi mots

Conversation secrète – Francis Ford Coppola – Etats-Unis – 1974

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Spécialiste de la filature, Harry Caul est engagé pour suivre un couple et enregistrer leur conversation. Une fois sa mission accomplie, Caul écoute la bande sonore. La banalité des propos le surprend. S’agit-il d’un code secret ?

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La sortie du film Blow Up d’Antonioni a fait figure de réflexion introspective pour nombre de réalisateurs. Brian De Palma fait partie de ceux là et lui rendra hommage avec Blow Out, thriller dont le titre ne dissimule en rien son influence primaire. Mais De Palma, dont le film sort en 1981, a certainement une autre influence plus méconnue mais pourtant largement récompensée par une Palme d’Or. Ce film, c’est Conversation secrète, un thriller d’espionnage paranoïaque qui fait se côtoyer les bancs de montage sonores et les complots meurtriers. Depuis le milieu des années 60, ces deux éléments font partie intégrante de la vie de Francis Ford Coppola. L’écriture ayant débuté en 1966, le cinéaste a pu s’alimenter des nouvelles technologies en matière d’espionnage et de la vie politique tumultueuse des Etats-Unis (le Watergate) pour déboucher sur un scénario aussi anxiogène qu’efficace. Malgré la gestation complexe de la trilogie du Parrain, le cinéaste cherche à retrouver un point de vue personnel et sort de la grandiloquence de sa fresque mafieuse et du clinquant des studios pour réaliser ce film.

The Conversation loft

Mais il ne peut le faire que si Le Parrain a un succès retentissant. Ce qui sera chose faite en remportant l’Oscar du Meilleur film et en explosant le box office mondial. Ce tournage va donc être une sorte de second souffle qui va permettre à Coppola d’enchaîner sur le deuxième Parrain mais surtout de savoir exactement ce qu’il recherche dans le 7ème art, la saga du Parrain étant avant tout une commande commerciale de la Paramount. Les deux films ont des tournages successifs, des histoires aux antipodes et surtout une mise en scène si différente qu’il est difficile de se rendre compte qu’un seul et même homme est derrière la caméra. Mais alors que l’on pourrait penser que cet exercice de style en guise de récréation serait beaucoup beaucoup moins travaillé esthétiquement que les deux gros films qui l’entourent, il n’en est rien. Coppola fait preuve d’une maîtrise exceptionnelle de l’esbroufe visuelle, sa mise en scène se voulant toujours inventive (l’ouverture et le plan final en disent plus long que l’ensemble du film) et le scénario, en plus d’être vicieux dans son dénouement, contient le personnage le plus incroyable de sa filmographie.

The Conversation meurtre

Pas étonnant que Gene Hackman ait confié un jour que ce rôle soit le préféré de l’ensemble de sa carrière tant il semble investi à 200% dans son personnage. Métamorphosé physiquement, il ira même jusqu’à apprendre à jouer du saxo pour muer intégralement en Harry Caul et devenir un pilier fondamental du tournage, Coppola fatigué déléguant de multiples tâches à Walter Murch, monteur qui sera plus tard derrière Apocalypse Now. Alors qu’Harry incarne la réussite dans la domaine de la surveillance, le self made-men dans toute sa splendeur, il nous est montrés pieds et poings liés devant une affaire qui le dépasse et qui, alors qu’il cherche à outrepasser ses compétences, va le transformer entièrement jusqu’à l’annihiler. Si l’on peut y voir là un appel à l’aide de Coppola qui a donné tout ce qu’il avait sur Le Parrain et qui est effrayé à l’idée de reprendre la suite, il faut surtout y voir une mise à plat de ses compétences et de son savoir faire qui, à l’instar des frères Coen sur Barton Fink, va se voir auréolé d’une récompense internationale qui va lui permettre d’entamer la seconde partie de sa carrière avec confiance.

The Conversation montage

Et pourtant, le pitch de départ est basique et le twist final l’est encore plus. Mais c’est le cheminement qui est important ici et qui nous fait prendre conscience de tout le talent et le génie de Coppola. Ici, on se met à nu et on ne cherche pas à dépatouiller un nœud politique. L’atmosphère paranoïaque nous est davantage insufflé par l’intermédiaire d’Hackman que par l’intrigue. L’acteur transpire, ne fait confiance à personne, observe tout le temps et ne parle qu’avec parcimonie. Il personnifie le secret, la paranoïa, la peur que représente son métier. C’est là tout le liant du film et l’importance capitale d’avoir un acteur impliqué dans son rôle. Le reste du casting n’est fait que de pièces rapportées de ses autres projets (John Cazale) ou de ses connaissances (Harrison Ford confié par George Lucas). Mais bien qu’ils ne soient pas en reste, c’est Harry Caul qui est la pièce maîtresse du film, sorte d’alter ego mélancolique du réalisateur.

The Conversation jazz

Alors qu’on pourrait voir dans Conversation secrète le chant du cygne d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens mais sachant son heure proche, on assiste en fait à la renaissance du phénix qui, après s’être éteint dans une flamboyance incroyable, renaîtra de ses cendres avec le deuxième épisode du Parrain. En cela, il se rapproche de Martin Scorsese, un autre artiste du nouvel Hollywood qui aura su, par son personnage de Travis Bickle dans Taxi Driver, retranscrire l’état d’esprit d’une nation en proie au doute et à la violence.

7,5/10

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