Le Pont des espions: on y danse tous en rond !

Le Pont des espions – Steven Spielberg –  Etats-Unis – 2015

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James Donovan, un avocat de Brooklyn, se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible: négocier la libération du pilote d’un avion espion américain U-2 qui a été capturé.

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Après avoir rencontré le fils de James Donovan à New York, le scénariste Matt Charman planche sur l’écriture d’une histoire traitant de l’affaire mettant en scène le premier échange de prisonniers entre Etats-Unis et URSS durant la guerre froide. Racheté par Dreamworks, Steven Spielberg se dit intéressé par le script, ralliant à sa cause les frères Coen, alors rencontrés sur le tournage de True Grit où il officiait en tant que producteur délégué. Si cette histoire au potentiel hautement cinématographique n’a pas vu le jour avant 2015, elle avait pourtant été scruté par les grands noms de l’époque (Gregory Peck, James Stewart) mais son existence sur grand écran était scellé d’avance, les relations entre les deux pays étant au paroxysme de leur tensions. Ce qui dans un sens arrange Hollywood et son amour pour les histoires romancés de self made men. Alors que le personnage incarné par Tom Hanks est présenté comme un avocat d’assurances lambda, renforçant ainsi la puissance de sa négociation lors de cette affaire, il est volontairement passé sous silence que ce même James Donovan était conseiller général de l’OSS, l’ancêtre de la CIA, durant la seconde guerre mondiale. Ce qui fait de lui un personnage rompu à l’art de la négociation et des relations internationales, justifiant alors le sang froid dont il fait preuve tout au long du film.

Le pont des espions tarmac

Ce qui fait plaisir à voir à l’issue de la séance, c’est le fait que Spielberg semblait être dans des petits souliers lors du tournage. Habitué à respecter la réalité historique dans ses moindres détails, un travail titanesque a été fait pour plonger les acteurs dans un réalisme maximum. Des lieux de tournage aux costumes, des personnages aux ambiances visuelles et sonores, tout à été fait pour rendre crédible l’histoire. Là où le cinéaste se voit contraint de changer ses habitudes et de sortir de sa zone de confort n’a rien à voir avec sa volonté propre mais à un souci de santé de son compositeur attitré John Wiliams. Ce qui explique très certainement les 20 premières minutes silencieuses du film, rendant hommage à son travail en nous privant de musique pour accompagner les images. Idée géniale qui permet de se mettre dans la peau de l’agent russe, où la paranoïa et les regards inquisiteurs des anti-communistes s’ajoute à la peur de la chaise électrique.

Le pont des espions tribunal

D’autres participants au film ont l’air de s’accommoder très rapidement au tournage. Que ça soit Tom Hanks qui collabore pour la 4ème fois avec le réalisateur et dont le rôle lui va comme un gant, son air bonhomme et passe-partout collant parfaitement au personnage de l’avocat et à la sympathie dont il doit faire preuve. Ou les deux frangins qui se font un malin plaisir de glisser des passages humoristiques entre deux moments de tension afin de désamorcer en finesse le côté thriller du film, ce dernier cherchant avant tout à être une reconstitution plus ou moins fidèle des faits. On échappe bien heureusement au manichéisme inhérent à ce genre de productions grand public. Entre le prisonnier américain certes torturé par le KGB mais qui obtient un jugement plus clément que celui orchestré dans son pays envers le communiste ou la CIA qui se détache complètement de l’étudiant emprisonné pour se concentrer sur un seul et unique objectif en la personne du pilote mais qui ne lésine pas sur les moyens de le rapatrier, la nuance de gris n’a jamais été aussi présente.

Le pont des espions pont

On a même droit à une critique acide du capitalisme américain par le biais d’une scène où l’on nous montre le moyen efficace des pilotes pour se suicider: une aiguille empoisonnée cachée dans un dollar, appuyé par la réplique « Spent this dollar ! ». Le cynisme des Coen est bel et bien présent et la vigueur du propos s’en trouve décuplée en voyant ainsi que nous n’aurons pas un banal récit historique feuilletonné sous couvert de patriotisme écœurant (il me semble d’ailleurs qu’aucun drapeau n’est mis en avant). Et si la mise en scène assure le spectacle comme il se doit pour un film de cet envergure (le summum du spectaculaire allant à la scène de crash qui ferait pâlir d’envie celle de Flight), elle n’en oublie pas d’être minutieuse et discrète lorsque les personnages sont mis en avant et bousculés dans leurs convictions profondes (les scènes de plaidoyers, les négociations à Berlin-Est). Spielberg a donc réussi le mariage parfait entre divertissement familial, film d’espionnage semi-paranoïaque (nous savons qui est l’ennemi dans l’histoire) et biopic instructif et documenté. Grand bien lui en a fait d’attendre 3 ans après un Lincoln décevant.

8,5/10

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