Tuez Charley Varrick: hold-up de cambrousse !

Tuez Charley Varrick – Don Siegel – Etats-Unis – 1973

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Charley Varrick cambriole une banque avec sa femme et un acolyte. Mais il comprend vite que la somme énorme qu’il a dérobée appartient à la mafia, qui lance un tueur à ses trousses…

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  Sorti 2 ans après Dirty Harry, Charley Varrick est un échec commercial lors de sa sortie. Prenant à contre-pied toute la mythologie construite autour du personnage d’Eastwood dans le film précédent, Siegel décide de faire incarner sa morale construite sur un refus des règles et de la société à l’autre pendant de la loi, le mauvais côté donc. Le film a eu la chance de sortir 5 ans avant la publication du roman originel « The Looters » de John H. Reese, écrivain habituellement cantonné au western. Cette filiation se ressent plutôt bien d’ailleurs si l’on découpe l’intrigue en imaginant qu’elle se déroule au Far West: des bandits de grands chemins qui cambriolent des banques de petites villes isolées avant d’être pourchassés par un chasseur de primes. Vu comme ça, l’intrigue de Charley Varrick peut paraître simpliste. Et elle l’est mais c’est là tout le talent du cinéaste qui va se mettre entièrement au service de son scénario pour apporter une imagerie. Il filme donc le Nevada et ses paysages arides et désertiques (comme le fera Cimino dans Le Canardeur un an plus tard, avec lequel il partage énormément de point communs), mais sans les magnifier, telles des portes de sorties pour ses marginaux, faisant écho à la solitude et à l’indépendance de chaque personnage, le mot revenant tel un mantra tout au long du film (« Last of the independents » devant être le titre original au tout début du projet).

Charley Varrick banque

Le choix de Walter Matthau dans le rôle titre est intelligent car totalement à contre-emploi. Alors habitué depuis quelques années aux comédies burlesques, Siegel prend tout le monde par surprise en lui faisant incarner ce personnage antisocial, ayant compris la mutation proche de son pays et cherchant à se construire un capital pour l’avenir qui, aux yeux du cinéaste, est loin d’être radieux. Cette clairvoyance de la part du personnage de Charley est d’autant plus étrange que l’acteur annonça au réalisateur durant le tournage ne rien comprendre à ce que le film racontait. Pourtant, cette longueur d’avance qu’il semble avoir et sa capacité à semer des morts sur son passage n’est pas sans rappeler le personnage de Lee Marvin dans Point Blank, les deux hommes ayant un objectif commun (l’argent) mais se différenciant par leur rôle de proie et de chasseur.

Charley Varrick flic

Même si l’on ressent très clairement un amour de Siegel pour son personnage de hors-la-loi, il n’oublie pas de mettre en avant la notion d’honneur, Charley ne faisant jamais de coups fourrés à Hermann, son acolyte. Il préfère laisser les événements se dérouler, sans perturber leur cheminement lorsqu’ils influent sur la vie d’un autre. Cet événement est interprété par le très charismatique et colossal Joe Don Baker, tueur embauché par la mafia qui souhaite récupérer son argent. Ce personnage est le miroir déformant de Charley, partageant un même prénom féminin (Mollie), une détermination sans faille et une volonté d’être proche de l’action (Charley pour les braquages, Mollie pour les punitions). Aucun des deux n’utilisera d’arme à feu envers l’autre, préférant s’engager dans une partie d’échecs où celui qui verra son roi renversé empochera le magot. Ses conflits sont omniprésents dans le film, qu’ils se retrouvent dans la méthode de travail (l’intelligence contre la force), dans la capacité de jugement (la fougue de la jeunesse contre l’expérience) ou encore dans la notion de vengeance (la fuite en avant contre l’acceptation frontale de l’adversaire).

Charley Varrick tueur

Cette notion d’honneur se retrouve également du bon côté de la loi, Siegel s’attardant sur l’hommage certes rapide mais bien présent du shérif envers le flic tombé durant l’exercice de sa fonction (le chapeau reposé contre le visage du policier tué par balles). Sans concessions, le film l’est avec la gente féminine. Machiste en diable, les anti-héros de Siegel balancent répliques cinglantes et gifles retentissantes à celles qui se mettront en travers de leurs chemins, la seule muse respectée de l’histoire étant une morte qui n’apparaît que durant l’introduction. Si le film n’a pas eu le succès escompté à sa sortie, il n’est pas surprenant de constater qu’il inspire encore aujourd’hui (on pense notamment à « No country for old men« ) par sa capacité à dépeindre un monde intemporel: celui régi par l’argent et la loi du plus fort.

9/10

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